27 septembre 2022

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Socklo un destin extraordinaire

61 ans, Jean-Luther Misoko Nzalayala plus connu sous le pseudonyme de Socklo est un luthier de Kinshasa dont la réputation a déjà traversé les frontières nationales. Et pourtant jeune, c’est dans le football que Socklo se voyait faire carrière.

C’est dans son petit atelier de Lemba, quartier populaire de la république démocratique du Congo que Socklo fabrique des instruments de musique.
« Quand j’étais jeune, je voulais souvent jouer au foot ». Pour conjurer le rhumatisme qu’il avait éloigné des terrains de football et pour s’occuper, Socklo avait appris à gratter de la guitare. Puis un jour, l’idée lui vint de reproduire l’instrument qu’il avait acheté. Le résultat n’était pas fameux.
Après un passage à l’Institut supérieur des techniques appliquées (ISTA) de Kinshasa, où il a “fait l’électronique”, ce qui lui vaut de signer ses créations “Ir Socklo”, pour Ingénieur Socklo, Jean-Luther s’installe véritablement dans la lutherie en 1978.
Les cheveux poivre et sel, Socklo raconte de sa voix douce qu’il a appris seul et inventé intégralement son processus de fabrication. Aujourd’hui, il forme des apprentis autant qu’il le peut.

Famille Soklo

Sur un établi de fortune, l’artisan travaille dans un joyeux fouillis avec des outils simples: une scie égoïne, un rabot, quelques ciseaux à bois pour façonner le bois, des pinces coupantes, un marteau et une enclume pour fabriquer les frettes à partir de morceaux de métal.
Aux murs, des portraits des dirigeants congolais Mobutu et Kabila père et fils voisinent avec un poster hors d’âge de Michael Jackson.
Avec les années, Socklo a pu acquérir une scie sauteuse (une machine-outil de découpe, équipée d’une lame dentée, utilisée en général pour la découpe des planches ou des panneaux en bois mais aussi de plastique et d’aluminium) et quelques autres outils électriques, mais leur utilisation n’est pas aisée car l’électricité manque souvent. D’où la nécessité d’être pragmatique: “Le jour où j’ai du courant, je fais tout le travail pour lequel j’ai besoin du courant. Et le jour où nous manquons de courant, je continue à travailler le reste”.
Tous les musiciens les ayant essayées le diront: les guitares Socklo ont un son particulier, typiquement congolais. Pour la caisse de résonance, le luthier utilise du contreplaqué produit localement. Le manche est généralement en wengé ou en bois rouge. Pour les guitares électriques ou électro-acoustiques en revanche, fabriquer les micros prendrait trop de temps: Socklo les achète, en provenance d’Europe de préférence.

10.000 guitares vendues
Il dit pouvoir produire deux à trois guitares par semaine mais certaines commandes spéciales nécessitent un soin particulier et prennent “plus de temps”. Au total, il pense avoir “fabriqué et vendu plus de 10.000 guitares”, une estimation sans doute optimiste. Les instruments produits par Socklo restent abordables, Leur prix varie de 35 à 50 dollars pour une guitare ou une basse acoustique et peut monter jusqu’à 150 ou 200 dollars pour une guitare électrique ou électroacoustique.
On ne compte plus les musiciens qui ont pu commencer à jouer grâce à lui, même si, lorsque vient le succès, beaucoup lui font des infidélités avec des instruments américains, européens ou japonais.

Parmi les grands noms de la musique congolaise ayant joué ou jouant encore sur ses guitares, Socklo revendique Jupiter Bokondji (Okwess International), les Staff Benda Bilili ou encore Pépé Felly Manuaku.
La renommée de ses créations dépasse les frontières de la RDC. Le guitariste de jazz Philip Catherine a contribué à les faire connaître en Belgique. Dans le “book” de Socklo, ce musicien belge côtoie le Français Yarol Poupaud, qui avait enregistré à Kinshasa le premier CD de Jupiter avant de devenir il y a quelques années le guitariste attitré de Johnny Hallyday. D’autres clients inconnus, américain, vénézuélien, britannique, ont aussi leur photo, tous sont passés un jour par Kinshasa.
“Il est l’un des derniers à faire des guitares aussi bien” confie Jean Gouverneur, le manager de Jupiter et Okwess. Nous jouons sur les instruments Socklo sur les plus grosses scènes du monde avec Jupiter.
Avec les commandes qui s’enchaînent, Socklo n’a pratiquement plus le temps de pincer les cordes. “J’ai joué de la guitare, je faisais danser les gens, mais aujourd’hui”, dit-il, heureux, “ce sont mes guitares qui font danser”.

Par Yannick KAHUMBO